Numéro 4-5: comptes rendus - Metrópole em Sinfonia: História, cultura e música popular na São Paulo dos anos 30
| Metrópole em Sinfonia: História, cultura e música popular na São Paulo dos anos 30, de José Geraldo Vinci de Moraes. São Paulo : Estação Liberdade / Fapesp, 2000. | ![]() |
Le livre de José Geraldo Vinci de Moraes, Metrópole em Sinfonia: História, cultura e música popular na São Paulo dos anos 30, publié en 2000, est dérivé de sa thèse de doctorat sur l'univers de la culture populaire « paulistana »[1], plus spécifiquement sur la musique populaire.
Le chercheur a eu l'intention de montrer les transformations dans les concepts, dans la perception et dans la consommation de la musique populaire à São Paulo, au cours des décennies de 1920 et 1930 et leurs liens avec le phénomène d'expansion de la radio, en les confrontant à la politique de l’Etat de São Paulo pendant les trois premières décennies du XXe siècle. Le titre évoque le film documentaire, « São Paulo la symphonie de la métropole », réalisé en 1929, sous la direction de Rodolfo Lustig et Adalberto Kemeny.
L’ouvrage de José Geraldo Vinci de Moraes est divisé en trois chapitres. Le premier traite des relations entre politique, radio et musique populaire dans la ville de São Paulo. Le second chapitre a comme thème principal la présence, dans la vie quotidienne, du folklore urbain des « modas paulistanas », ainsi baptisées par l’écrivain Antônio de Alcântara Machado, qui dans ces années 1920 et 1930, recueille les chansons qui circulaient dans la ville et les inclut dans son livre, Lira paulistana.
Dans ce chapitre, Moraes analyse les chansons, leurs thématiques et leurs personnages – en général les exclus de la société – tout en montrant les conditions de vie des musiciens populaires, pris dans l’engrenage de la métropole et dans la culture de masse qui commence à gagner la ville. La transcription de huit de ces chansons est présentée dans l’Annexe du livre.
Le troisième chapitre reprend et approfondit les questions soulevées par les conflits politiques et sociaux, la ré-urbanisation et la culture populaire, dans une ville que se transforme en métropole en très peu de temps. L’auteur part de cette problématique pour traiter des chansons populaires qui évoquent la nostalgie d'une ancienne São Paulo, où régnait encore une atmosphère provinciale.
Un autre débat fait émerger l'opposition, héritée du XIXe siècle, entre la culture populaire rurale (ce qu’on appelle le folklore) et la culture populaire urbaine. Moraes reprend sur ce point les discussions entre modernistes, surtout parmi ceux liés au Département de Culture de la ville de São Paulo créé par le préfet Fábio Prado (1934-36). La professionnalisation des musiciens, ainsi que le fonctionnement administratif et technique des stations de radio, sont aussi mis à profit par le chercheur pour mieux mettre en évidence et comprendre les changements liés à la consommation et à l'acceptation de la musique populaire.
Pour le chercheur, le développement de la radio, qui devient l’un des premiers diffuseurs d'une culture de masse, ne peut pas être dissocié du contexte politique. Il prend en exemple l’utilisation de la radio par les Etats totalitaires européens de la première moitié du XXe siècle et par les régimes populistes latino-américains (dont l’Estado Novo au Brésil) pour la diffusion de leurs idées et de leurs valeurs.
Avec la popularisation de la radio, son importance grandit dans la vie quotidienne de la population de São Paulo. Elle devient un véritable diffuseur d’idées politiques, comme par exemple, pendant les révoltes d’octobre 1930 et pendant la ‘révolution constitutionnaliste’ de 1932.
Le chercheur a recours le plus souvent à des sources primaires, puisque l'historiographie de la musique populaire sur São Paulo est encore très limitée. Moraes y voit le résultat d’un certain préjugé sur la ville de São Paulo, vue comme « le tombeau de la samba », ce qui pourrait peut-être justifier cette indifférence envers la culture populaire de la métropole, par rapport à des villes comme Rio de Janeiro, par exemple.
Moraes prend soin d’analyser les changements dans les modes de vie et dans la forme de diffusion de cette culture populaire de São Paulo. Il s’intéresse en particulier au projet d’une radio éducative, conçu par Mário de Andrade, directeur du Département Culturel de la ville de São Paulo, pendant la gestion municipale de Paulo Prado, projet qui ne parvint pas à être réalisé par manque de financement, mais qui visait aussi bien à la diffusion de la musique populaire que de la musique classique.
Sa réflexion sur les conséquences de ce développement d'une culture populaire de masse, ne lui fait pas perdre de vue le point central de son travail, à savoir la musique populaire dans la ville de São Paulo dans les années trente. S’il montre les efforts de l'élite paulistana pour « éduquer », avec une programmation centrée sur la musique classique, il enregistre l’incontestable augmentation du nombre de radios commerciales, qui permettent une plus grande diffusion de la « musique populaire », dans des programmes où la musique permet de fidéliser le public, tels que les programmes de musique « caipira » ou « sertaneja », reprenant le type comique du ‘paysan’, si présent dans l’imaginaire de la grande ville. La prolifération de programmes très divers reflète également la diversité culturelle de São Paulo, avec sa population de migrants et d’immigrants. Certains artistes étaient connus précisément pour leurs imitations du ‘paysan’, de l’italien ou du ‘turc’. Moraes évoque aussi la discrimination subie par les artistes noirs dans leur professionnalisation.
En vrai spécialiste - comme Elias Tomé Saliba qui signe le préface – Moraes offre à son lecteur une occasion de repenser l'histoire de la musique populaire dans la ville de São Paulo, mais reste conscience du besoin de nouvelles recherches sur un sujet encore si peu étudié, étant donné la complexité des relations qu’il révèle et la quantité de matériel toujours dans l’attente d’être découvert et analysé.
Rosângela Asche de Paula
Université Paris Ouest Nanterre La Défense
EA 369 « Études romanes » - CRILUS
Références filmographiques
São Paulo, Sinfônia da Metrópole. São Paulo, 1929.
Direction de Rodolfo Lustig e Adalberto Kemeny
Pour les extraits du filme, voir http://www.youtube.com/watch?v=UZo0mMuWp_E
[1] Qui provient de la ville de São Paulo.



