Numéro 2: comptes rendus - (Re) Versos

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Numéro 2: comptes rendus
La littérature portugaise contemporaine: le plaisir du partage
Inès de Castro, du personnage au mythe, échos dans la culture portugaise et européenne
Concisão: sétima proposta para este milênio
(Re) Versos
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(Re) Versos

LIMA, Sônia Maria van Dijck. (Re) Versos. São Paulo: Navegar, 2008.

 

 

 

L’amie  poète

 

Nous étions collègues, dans le même département de la même université et nous sommes amies, et pourtant j’ai  longtemps ignoré que Sônia van Dijck fut poète.

 

Par la découverte de ses textes - contes et  poèmes - Sônia van Dijck, la poétesse, commença à exister pour moi, comme pour bien d’autres. Ecrits virtuels, association de l’image et du mot, esprit toujours critique – ô combien – et expérimental, Sônia peu à peu construisait une œuvre. Pas encore de quoi remplir un volume de la Pléiade sur papier bible, sans doute. Car Sônia l’écrivain n’est guère prolixe, alors que l’autre, la professeure, la critique littéraire, peut vous parler pendant des heures de ses auteurs préférés ou fourbir longuement des arguments pertinents contre ceux qu’elle n’aime pas.

 

Puis un jour est arrivé ce magnifique petit livre et on m’a mise au défi de le présenter un soir de novembre 2008, au Club des Poètes, à Paris.

 

J’ai d’abord pensé à lire seulement les poèmes, les uns après les autres, me souvenant des mots d’un autre poète, tunisien celui-là, également collègue et ami, Tahar Bekri, selon lequel « Toute parole ne peut remplacer le poème lui-même […] Cela ne veut pas dire que la poésie reste un mystère total, mais elle appartient à l’art. Et comme tout art majeur, elle est au cœur des sentiments humains les plus profonds, appartient à nos émotions les plus fortes. »

J’ai alors assumé ma liberté à présenter ce livre en amie plus qu’en critique, à en lire deux poèmes en français – l’un parce que Sônia l’a écrit en français, l’autre parce que je l’ai traduit – et puis deux autres en portugais, parce qu’ils m’ont semblé impossibles à traduire tant ils étaient intimement mêlés de culture brésilienne et de dictons en langue portugaise, comme si les traduire revenait à les détruire.

 

(Re) Versos, voilà  un titre ambigu à souhait, croisement de mots et de sens : signifie-t-il une Reprise de Vers (déjà écrits), répétition ou insistance, ou bien Encore une fois des Vers,  mais aussi, comme en français d’ailleurs, Revers de la fortune, de la vie, de l’amour, Revers de la médaille, Envers des choses que l’on croit simples, Trame de la vie, en somme.

 

Le livre comprend 37 poèmes concis, parfois à l’extrême. Tel celui-ci, que j’ai traduit :

 

CORPS

Poussière

Où il faudra bien retourner.

Mais,

En attendant…

 

Le tragique s’y grime en pastichant les termes consacrés du rituel religieux et l’humour réintroduit la dimension sensuelle du corps qui est source de vie, de plaisir et de joie, en une nouvelle et rapide illustration de l’éternel Carpe diem.

Poésie de femme, sans doute, dont les mots sont puisés au plus profond d’un corps de femme, pour parler de l’amour, du désir, de la solitude et de l’écriture, mais aussi évocation comme en écho des luttes des femmes pour le droit à l’avortement, « parce que c’est mon corps »!

 

ABORTO

Minha palavra

Esteve prenhe de ti.

Não há mais cantigas

Para menino arteiro.

Me vejo, no espelho,

Vestida de sol,

Senhora de mim.

 

Orgueil de cette affirmation lourde et provocatrice!

Chaque mot  pèse son poids, trop lourd parfois, si personnel, intime et demandant à être expliqué, illustré, comme souffrance et plaisir de la langue dans une autre :

 

PROFIL D’UN MOT

Saudade :

Souvenir d’un goût

D’une odeur d’épices

Et de la chaleur

D’une nuit d’automne.

Saudade :

Mot-océan.

 

 

Le texte du poème apporte son lot de traces, de références à d’autres textes, plus ou moins connus, dans ce grand intertexte de la langue, de la littérature, de la culture brésilienne que le lecteur déchiffrera selon ses capacités, mais on sait qu’il est plus d’un niveau de lecture et que chacun apporte son plaisir.

Le poème est parfois placé sous la « garde » d’un terme savant, d’une catégorie de théorie de la littérature, par exemple, preuve qu’après tout, Sônia poète n’a pas oublié la trame des mots de Sônia chercheur et critique :

 

 

FORMAS SIMPLES

 

Quem tem telhado de vidro

Deixa a pedra no caminho.

 

E se tem rabo de palha,

Jamais prefere o cozido.

 

Nunca se viu o cordeiro

De lobo ser travestido.

 

Depois da tempestade,

Vem mesmo a limpeza da lama.

 

 

Il faudrait encore parler de tel vers qui évoque l’univers poétique de Sérgio Castro Pinto ou de tel autre… arrêtons là ! Il faut vous mettre l’eau à la bouche, certes, mais non pas vous donner à boire la bouteille entière. En attendant de lire ces poèmes ‘sur papier’, allez donc jeter un œil sur le numéro 1 de Plural Pluriel, vous y retrouverez quelques échos de la Sônia poète.

 

 

Idelette Muzart – Fonseca dos Santos

Université Paris Ouest Nanterre La Défense

EA 369 « Études romanes » - CRILUS